Je rentre à la maison

En Angleterre, j’ai compris que peu importe tes choix de vie, tu ne peux jamais les tenir pour acquis. Ils sont sans arrêt remis en question. À tout moment, tu te demandes si tu ne ferais pas mieux d’abandonner le bateau, pour d’autres flots plus adaptés. Mais le seront-ils vraiment ? Et voilà, tu as le doute, tu es perdu, c’est fichu. Tu es parti pour trois nuits sans sommeil et des centaines d’heures à te reposer ces questions en boucle dans ta tête, crois-en mon expérience. 

  

C’est mon quotidien depuis trois mois, et c’est épuisant. Que dis-je ? Trois mois ? Non, en réalité, beaucoup plus, depuis que j’ai déposé un formulaire rose dans un carton d’un secrétariat, que j’ai fait une photo et que je l’ai envoyé sur le groupe famille avec comme légende : “c’est partiiiiiis”. C’était en octobre 2021. Ça fait plus d’une année que ces questions persistent, “c’est le bon choix ? Ça va le faire ?” Et je n’ai toujours pas de réponses. Avant mon départ, je tenais le coup parce que je pensais que dès que je serai en Angleterre, ça irait comme sur des roulettes, que je n’aurais plus de doutes, que je me sentirais à ma place. De toute évidence, j’ai idéalisé la situation car ma réalité est tout autre. Je doute. Ce dont on m’avait prévenue n’a jamais vraiment existé pour moi. Non, ce ne sont pas seulement les deux premières semaines qui sont difficiles. Non, ce n’est pas que du kiff, c’est même principalement de la souffrance. Non, je n’ai pas développé des amitiés pour la vie. Non, je n’ai pas les contacts sur place pour m’en sortir. Et pourtant, je m’étais préparée, organisée et je me réjouissais tellement. Il y a un monde entre mon état d’esprit avant de partir et celui que j’ai maintenant… Les conséquences de ma désillusion… J’en viens même à me dire que la meilleure partie du voyage, c’était les trois semaines avant de partir. Le constat est affligeant. Et le pire, c’est que je culpabilise de penser ça. Je ne me sens pas légitime de ce que je ressens. C’est un cercle vicieux. Et je sais qu’avec ce genre de situations, il “suffit” d’inverser la tendance pour que le positif attire le positif. Mais ça fait trois mois que j’essaie de changer les choses. Je mets toute mon énergie dedans et au final, je me retrouve avec que des merdes. La vie a décidé de m’en faire baver. Chaque fois, je me dis que c’est bon, ça va passer, c’est fini, on démarre quelque chose de nouveau, de mieux. Mais ce n’est jamais réellement le cas. J’en peux plus. Je me demande si c’est simplement la fatalité et qu’il faut que j’abandonne ou si ce n’est qu’une passade (une longue passade), que demain, ce sera mieux. Ça fait trois mois que j’espère que demain ce sera mieux. Et pourtant, je suis toujours là, sans solution. Je fais quoi ? Je continue de subir, et de mettre en péril ma santé mentale ? Ou bien je rentre à la maison, mais je redouble, perd la mention bilingue ou éventuellement que j’arrive à reprendre des cours normaux en deuxième année ? 

  

Ce fut un choix difficile, dans ma tête, tout se bousculaient. Je me sentais complètement perdue. Et j’ai discuté avec les bonnes personnes. Celle qui ne te disent pas fait ci ou fais ça (même si honnêtement, ça t’arrangerait qu’on te donne le mode d’emplois), mais celles qui t’éclairent, te font voir la situation sous un autre angle et qui te permettent de prendre un peu de recul. Je parle d’une psy ? Oui, absolument. Mais également de mes parents et amis qui m’ont soutenue et épaulée dans cette situation difficile. 

Je me suis rendue compte que si je restais ici, ce n’était pas par amour de cette vie mais par sens du devoir, pour essayer de bien faire, pour finir ce que j’ai commencé. Mais pour tout dire, je ne suis pas heureuse ici. Je me sens triste et seule, cette vie-là est fade. Je ne trouve de sens que dans le fait d’accomplir une liste de tâches. Mais est-ce vraiment ça la vie ? Non, je ne crois pas. Est-ce que je suis prête à sacrifier ma santé mentale et physique au profit du “bon sens” et de “ce qu’on attend de moi” ? Non, certainement pas. Alors, je rentre à la maison, pour de bon. J’arrête la matu bilingue et je reprends les cours normalement. C’est un échec ? Non, certainement pas. J’ai appris une foule de choses et je ne regrette pas d’être partie. J’ai accompli un bout de rêve. Et je pense que je me barre au bon moment. Si je reste plus longtemps, je ne sais pas à quel point les dégâts seront importants. Je me trouve encore dans une situation pas adaptée à moi (et peut-être même, qu’elle n’est pas adaptée à des étudiants.) Et je peux le dire haut et fort, je suis en colère contre le gymnase de Renens qui n’est absolument pas présent et qui laisse ses élèves à l’étranger se démerder tout seuls. Je trouve ça dégueulasse de nous abandonner comme ça. Alors oui, je suis triste de cette situation affligeante, en colère contre Renens et l’organisation des familles d’accueil qui fait un travail catastrophique, mais je suis aussi sereine, sereine de savoir que tout bientôt je serai chez moi, entourée de ma famille et mes amis, sereine d’avoir vécue cette expérience, aussi difficile fut-elle, sereine d’avoir dit stop, sereine de mettre écoutée, respectée et aimée. Parce que dans ma vie, je suis ma priorité numéro 1, et je le resterai ! 

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